On est dans une période où il faut préalablement assainir, rétablir les équilibres perdus avant de prétendre à une quelconque relance économique. Je l’ai déjà dit et je le redis aujourd’hui, c’est un non-sens économique que de parler de relance économique alors même que nous avons besoin de corriger la situation actuelle. D’ailleurs qui dit relance, dit injection de fonds pour financer les actions du plan, mais avec quel argent ? La dette intérieure et extérieure ne cesse d’augmenter, les PME et PMI ont accumulé des créances en TVA etc… sur l’Etat qui sont considérables, alors avec quel moyens va-t-on financer cette relance économique ?

Parlons un peu du Plan de Relance Economique, le Gabon a dégringolé au classement Doing business du climat des affaires. De même sur les questions de gouvernance on est parti de la 23ème à la 41ème place selon l’indice Ibrahim Mo, pensez-vous qu’en moins d’un an restant le PRE peut encore aboutir ?
Je suis désolé je ne suis peut-être la personne indiquée pour répondre à cette question parce depuis le départ j’ai clairement indiqué que je ne croyais pas au PRE. Ce plan est une hérésie économique.
Pourquoi le dites-vous ?
Je vous répondrai par cette image. Imaginez que vous vous blessez, quand vous irez à l’hôpital, les infirmiers ne se précipiteront pas directement à vous faire un pansement, ils vont premièrement nettoyer votre plaie afin de vous donner une chance de guérir et éviter que la plaie ne s’infecte. Ce n’est qu’après cela qu’ils vous feront un pansement. Nous avons un ensemble de dérèglements, de déséquilibres macroéconomiques et macro financiers dans notre pays. Pour faire de la relance économique il faut avoir les moyens financiers d’organiser et soutenir cette relance. En fait, avant de parler de relance il faut d’abord rétablir les équilibres. Voyez-vous il y a ce discours ambigu qui a fait croire aux gens que l’on était dans une logique, à la fois d’assainissement et de relance des activités, ce n’est pas vrai. On est dans une période où il faut préalablement assainir, rétablir les équilibres perdus avant de prétendre à une quelconque relance économique. Je l’ai déjà dit et je le redis aujourd’hui, c’est un non-sens économique que de parler de relance économique alors même que nous avons besoin de corriger la situation actuelle. D’ailleurs qui dit relance, dit injection de fonds pour financer les actions du plan, mais avec quel argent ? La dette intérieure et extérieure ne cesse d’augmenter, les PME et PMI ont accumulé des créances en TVA etc… sur l’Etat qui sont considérables, alors avec quel moyens va-t-on financer cette relance économique ?
Vous parlez de déséquilibres, pouvez-vous nous indiquer à quels secteurs précisément se trouvent ces déséquilibres que vous évoquez ?
Prenons le cas des opérateurs économiques tel que les grandes entreprises, vous avez vu Bouygues Service partir du pays, vous savez combien de fois Colas stopper des chantiers et retirer ses engins etc…tout simplement parce que le règlement des factures ne se faisait pas à échéance, donc les entreprises se trouvaient en difficulté. Mais il n’y a pas que les grandes entreprises qui se retrouvent dans ce cas de figure, les petites et moyennes entreprises ont, elles aussi, accumulé d’énormes créances vis-à-vis de l’Etat. Il y a, par exemple, l’année dernière le directeur des cabinets du chef de l’Etat qui a annoncé qu’il allait payer 300 milliards. Cela signifie tout simplement que ces entreprises qui ont des découverts de 300 milliards sont déjà considérablement endettées vis-à-vis du système bancaire, donc qui ont accumulé des frais de financiers énormes. Ces frais finissent par avaler leur marge bénéficiaire, conséquences beaucoup de ces entreprises ont été obligées de fermer ou licencier. Voilà les éléments qui contribuent à une situation économique de plus en plus difficile.
S’agissant du surdimensionnement de l’Etat ?
Je l’indiqué dans l’axe numéro 2 de mon ouvrage. De mon point de vue, un des efforts majeurs qu’on devait fournir, était de réduire la taille de l’Etat pour limiter les dépenses de fonctionnement afin de consacrer plus de ressources au financement de l’investissement. Voyez-vous on ne peut pas financer l’investissement uniquement sur des emprunts. Car pour investir, il faut pouvoir dégager des ressources en propres d’une part, et éventuellement les augmenter de quelques emprunts d’autre part. Or si vous avez déjà la totalité de vos ressources qui sont absorbées par les salaires et les consommations courantes, avec quoi va-t-on financer l’investissement ?
Vous avez été Premier ministre, sous votre mandature il y a eu des recrutements au niveau de la Fonction publique, ces recrutements obéissaient, soit à des raisons politiques, soit à la politique du plein emploi prôné par le chef de l’Etat. Peut-on aujourd’hui, dans le souci de la réduction de la taille de l’Etat, remettre tout ce monde en chômage ?
Rappelez-vous durant le temps que je suis resté à la primature, j’ai conduit trois opérations d’envergure. La première d’entre elles a consisté à organiser la régularisation des situations administratives des agents de l’Etat, ensuite à organiser le paiement des fonctionnaires et enfin j’ai lancé derrière ça une opération de départ volontaire. C’était un processus opéré en trois volets : d’abord on régularise la situation administrative de l’agent, ensuite on lui propose une aide au départ afin qu’il soit en l’équilibre et pour finir, on envisage le départ volontaire de l’agent. Le but in fine était, bien évidemment de réduire le nombre de fonctionnaires.
Quelle est, selon vous la bonne proportion de la masse salariale par rapport au budget ?
C’est assez difficile à dire mais on constate que plusieurs pays nagent autour de 25, 26% de ressources budgétaires.
Vous avez parlé de la dette et de la masse salariale. Au-delà de ces deux là, quelle peut être l’autre déséquilibre majeur qui faudra envisager réduire avant d’entamer un plan de relance ?
En principe si vous avez réglé le problème des finances et celui des effectifs, il vous restera à régler la question des doublons. Et c’est justement à cause de cela qu’on a pensé à tort que j’étais contre la création des agences, ce n’était pas le cas. Juste que je considérais que le nouveau système de management public qui avait été envisagé pour la mise en place des agences, préconisait la séparation des fonctions de conception de celles d’exécution. C’est-à-dire que l’administration centrale demeure l’organe de conception tandis que les agences créées deviennent des organes d’exécution. Seulement, au moment de l’application de cette opération de séparation, on a jamais expliqué aux agents de l’Etat quelle était la ligne de démarcation, en disant par exemple que tel type d’agent vous restez dans l’administration centrale et tels autres vont dans les agences. Des agents qui ont été pris au pif dans l’administration, certains ont eu du jour au lendemain des revenus faramineux qui étaient d’ailleurs subventionnés par l’Etat. D’autres se sont retrouvés avec deux salaires. Cela ne pouvait tout simplement pas marcher. Malheureusement les gens n’ont pas compris ma position à l’époque, or pour moi c’était une question de bon sens. J’ai été, entre 1995 et 1997, directeur général d’Hévégab. Mais je ne recevais pas un salaire de l’Etat et un autre d’Hévégab bien qu’elle était un démembrement de l’Etat. La Société recevait une petite subvention de l’Etat, parfois pas du tout, pour qu’elle puisse faire face à ses obligations en tant qu’entreprise. Vous voyez bien que c’est pas ce qui été fait en créant les agences, conséquence, au lieu de diminuer la dépense publique, on l’a plutôt fait exploser.
Parlons de l’entrepreneuriat. Pensez-vous que l’échos système, le climat des affaires actuel est favorable à l’émergence des entreprises, des PME ?
Trop de choses sont en déséquilibre, trop de choses à régler qui ne militent pas pour donner une impulsion significative aux PME-PMI. Par exemple la question de l’accès aux marchés. Si vous créez une PME il faudra avoir des marchés accessibles à tous. C’est pour cette raison que, sous ma mandature, j’avais mis l’accent sur la question des appels d’offres de l’Etat. Il faut que l’agent état un accès équitable à tous. Or si les marchés sont octroyés de gré à gré, vous comprenez que certaines PME, même compétentes, sont condamnés à mourir parce que le promoteur de cette PME n’est pas ami à celui qui s’occupe de l’octroiement des marchés publics par exemple. Si l’Etat veut améliorer le tissus économique, il est nécessaire de définir un système objectif de redistribution des marchés. Et vous verrez que les entreprises se battront pour améliorer leur qualité de service afin de maximiser leurs chances de obtenir le marché. À supposer que vous consentez un quart de vos ressources budgétaires à l’investissement. Pour que ce ne soit pas de l’argent perdu, il faut que les appels d’offres se fassent de manière objective, sur la base de la compétitivité des entreprises. Sinon, vous entretenez vous-même un facteur discriminant qui condamne d’emblée certaines PME à disparaître et vous n’aurez plus que quelques unes qui vampirisent l’Etat.
Il y a tout de même quelques partenaires économiques, des bailleurs de fonds. La Banque Africaine de Développement a promis 64 milliards pour l’agriculture, le FMI envisage un financement qui se fera par tranche, même chose pour l’AFD. Ne peut on pas relancer l’économie avec ces emprunts et peut être associé à une contre partie émanant du Gabon ?
Les financements des partenaires tel que la Banque Mondiale, le FMI, la BAD etc… sont des financements qui ont des points d’appui. Ils s’adressent à des questions spécifiques. Le FMI, par exemple, va donner un équilibre général à la politiques économique de l’Etat. Par contre la BAD, va plutôt appuyer des projets sectoriels. Mais tous ceci doit respecter un préalable, comme je l’ai déjà indiqué c’est que si vous injectez de l’argent dans un environnement qui n’est pas très sain, les chances que l’incitation que vous voulez impulser porte des fruits sont infimes, voire inexistantes.
Est-ce que ce n’est pas ce qui s’est passé avec la BOP ?
Voilà un autre problème. Je n’étais pas partisan de la BOP, j’y crois pas, je crois qu’on était pas prêt. En fait la BOP s’inspire de méthodes de gestion dans certaines entreprises privées. Vous savez pour mettre en place un outil comme celui là, il faudrait que le niveau d’information soit fin et transparent pour que ce soit réalisable. Un exemple, vous devez connaître le salaire de tous vis collaborateurs, ou encore définir un tableau de gestion des temps horaires claire afin de pouvoir faire des imputations des dépenses à des postes différents. Voyez vous la BOP est une variable complexe de la comptabilité analytique qu’on met en place. Donc je pense qu’on avait mieux à faire que d’aller s’embrouiller avec un système, peut être utile, mais d’une telle complexité dans sa mise en œuvre que ce n’était pas évident qu’on ne pouvait pas s’en sortir.
Projetons nous économiquement en 2019. Lors du récent sommet des chefs d’État à N’Djamena, les experts de la sous région ont été formels : si nous ne diversifions pas les économies, il serait difficile une sortie de crise compte tenu des fluctuations des cours. Qu’en pensez vous ?
C’est absolument vrai. C’est une réalité évidente. Si nous n’envisageons pas des réformes, on se met en danger durablement pour une sortie de crise. Vous savez, en économie il n’y a pas de sur place, ne serait ce que parce que des enfants sont entrain de naître dans les hôpitaux au moment où nous parlons, donc la population augmente, ça veut dire que les besoins dans les salles de classes, dans les hôpitaux en terme de capacité d’accueil, les charges sociales de l’Etat etc… augmente également. Alors il faut entreprendre des réformes le plus rapidement possible. Car plus on traîne dans la mise en œuvre des réformes, plus on compromet les chances de sortir de la crise. Plus vous retardez le nettoyage d’une plaie, plus vous courez le risque qu’elle s’infecte. Vous compromettez ainsi vos chances de guérison.
Peut-on être optimiste pour 2019 ? Si oui, à quelles conditions ?
Si nous faisons des réformes, alors oui on aura des raisons d’être optimiste. Mais si au lieu de cela, nous faisons la politique de l’autruche, c’est-à-dire si nous refusons de voir la réalité en face, ça va être compliqué. C’est vrai, parfois le baril va augmenter et ça pourra nous tirer d’affaire pour un petit temps, mais en le faisant, on accroît nos problèmes pour le future.
Une question nous taraude l’esprit, en mettant en place les réformes, combien de temps peut-on attendre avant une sortie de crise ?
Personne ne le dire à l’avance, tout dépendra des modèles de croissances que l’on choisit. C’est qui est sûr C’est que les réformes aboutissent forcément à une sortie de crise.
Selon vous quelles sont les secteurs catalyseurs de l’économie, les secteurs dans lesquelles il faudrait investir prioritairement ?
Chaque État définit ses secteurs prioritaires. J’ai été en Tunisie, et on voit que le gouvernement a clairement fait le choix du secteur médicale, en investissant tant sur le plan des infrastructures que sur le plan de la formation. D’autres pays ont choisit d’investir sur le tourisme ou encore le sport. C’est me cas de l’Espagne qui, il y a 20 ans, a choisit de faire du sport un secteur majeur, et aujourd’hui on en voit les fruits.
Monsieur le Premier ministre merci.




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