La jeunesse n’est pas totalement perdue, il en existe heureusement encore quelques bons grains. C’est le cas du jeune Loïc Ella qui malgré son jeune âge et en marge de ses activités scolaires, a déjà mis en terre plus de 1500 rejets de banane et plusieurs arbres fruitiers.
Par : Gaël Ossougho. Oyem, Gabon.

Natif de la capitale provinciale du Woleu-Ntem dans le septentrion du Gabon, le jeune Loïc Ella, 21 ans, élève en classe de Terminale au lycée de l’excellence d’Oyem suscite aujourd’hui l’admiration de tous. Et pour cause, parti de rien, avec des moyens quasi inexistants, le jeune Loïc a entrepris d’aménager deux lopins de terre de 2 hectares chacun pour y cultiver de la banane et des arbres fruitiers. La chose a éveillé tout de suite l’intérêt des responsables de la Société de Transformation Agricole et de Développement Rural (Sotrader) qui ont décidé de l’accompagner dans cette noble aventure de retour à la terre.
Élève assidu et discipliné, comme en témoignent ces camarades de classe, Loïc s’est toujours passionné pour les métiers de la terre depuis qu’il est tout petit. « Ma maman m’emmenait souvent avec elle au champs quand il n’y avait pas école » se souvient-il. « Comme on le dit souvent, l’appétit vient en mangeant. Le fait de me retrouver très régulièrement dans cet environnement m’a donné envie de faire de l’agriculture » nous confiera t-il. L’année dernière Loïc Ella prend la décision risquée d’investir toutes ses économies, fruit de son argent de poche, à l’achat de rejets de banane et de semences d’arbres fruitiers. Les plantations « Loïc Ella » venaient de voir le jour à Oyem au grand bonheur de Madame Ella qui s’est dite « fière de son fils ».
Quand il n’est pas en cours, Loïc sarcle, bêche et retourne la terre dans sa bananeraie de 1600 rejets mais qui pourrait en prendre davantage, et son verger de quelques huit pied d’arbres fruitiers pour l’instant. Alors que les autres jeunes gens de son âge s’occupent à de plus plaisantes et futiles activités, souvent livrés à l’alcool, la drogue et le sexe- il n’y a qu’à faire un tour de ville autour de 19h-20h pour s’en convaincre. Au quartier Adjougou jusqu’à Akwakam en passant par Peleton, les bars et autres snack-bars sont tous bondés de ce petit monde dont la fourchette d’âge se situe généralement entre 13 et 21ans-, lui, bien au contraire, s’investit dans la passion de sa jeunesse malgré son programme scolaire particulièrement chargé du fait qu’il soit en classe d’examen. « Je m’organise pour juguler mon emploi du temps entre les cours, les séances de travail avec les autres et les champs. Et jusqu’ici tout va bien » dira t-il pour rassurer ses proches qui s’inquiètent pour ses études. « C’est vrai que le manque de moyens peut constituer une cause d’abandon pour des enfants issus de familles modestes comme moi, car parfois on ne peut même pas se procurer un manuel scolaire ou une œuvre littéraire qu’on vous demande à l’école » va-t-il souligner avant de respirer un grand coup.
Pourtant, malgré la noblesse d’une telle entreprise, les railleries et les critiques sarcastiques sur « ce boy (garçon) qui ne suit pas » ne manquent pas. Déterminé et résolu qu’il était, les moqueries et les regards dédaigneux que lui adressaient quotidiennement « ceux qui suivent et font le buzz au lycée » n’ont pas suffit à découragé « l’agronome en devenir » comme l’ont baptisé désormais ses professeurs. Loïc Ella, tant bien que mal, a poursuivi sa besogne. Le P-DG de la Sotrader, présent à Oyem dans le cadre des activités trimestrielles de sa structure, n’a pas caché son émerveillement face à « un bel exemple » qu’il souhaite voir faire école. Il s’est engagé, séance tenante, à soutenir cette « action louable qui mérite d’être appuyée ». Seulement, jusqu’au moment où nous mettions sous presse cet article, il n’a toujours bénéficié d’aucun accompagnement de la part de la Sotrader. Loïc Ella se bat toujours avec les moyens du bord pour se procurer la matière première dont il a besoin pour étendre ses champs.
Des cas similaires sont malheureusement légions dans l’arrière pays. Où ces jeunes sont très souvent amenés à se désister car abandonnés eux même, sans appui technique et financier. « Alors qu’il suffirait tout simplement qu’on donne un coup de pouce à de tel compatriotes qui n’attendent que ça, pour contribuer, à leur niveau, à l’effort national de renforcement de la sécurité alimentaire » nous explique M. R.N, ingénieur agronome, en poste à la Direction Provinciale de l’agriculture depuis 10 ans déjà. Vivement donc que les promesses du patron de la Sotrader dont la mission est, entre autre, l’appui aux projets de développement agricole en zone rural ne soient pas que des paroles en l’air.





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