
Samedi 29 mai dernier, le Gabon enregistrait le premier cas de décès d’un garde forestier de son histoire. L’écogarde est mort par balle alors qu’il tentait, aidé de sa brigade mixte, de perquisitionner le domicile d’un conseiller pédagogique soupçonné de détenir des pointes d’Ivoire à Mékambo. Depuis lors, plusieurs versions ont fusé et fusent encore dans les medias et les réseaux sociaux sans qu’on ne puisse clairement démêler le vrai du faux.
Par Jules Prince L’Essandone
Pourtant dans tout ce brouhaha, on peut distinguer trois principaux récits qui se recoupent à chaque fois : celui des écogardes, celui des ressortissants qui eux s’appuient sur les dires des parents et amis vivant sur place et un dernier dont on ignore les sources exactes mais abondamment relayé sur les réseaux sociaux.
La version de Lee White
D’abord la version des écogardes. Ils rapportent que vers 12 heures, une brigade mixte composée de quatre écogardes et trois gendarmes se rend au domicile de Rufin Youbandjia soupçonné de dissimuler des pointes d’Ivoire et des armes de guerre. Sieur Youbandjia, embusqué dans les parages aurait ouvert le feu sur l’équipe, touchant de plein fouet Jean François Ndong Aubame, agent à l’Anpn qui meurt sur le coup. Les autres se dispersent et appellent des renforts. Toujours selon eux, quelques militaires postés chez le préfet arrivent quelques minutes plus tard et font des tirés de sommation pour obliger les tireur embusqués à se rendre, en vain. Rufin Youbandjia, réussi malgré tout à s’en fuir dans la brousse entraînant avec lui un de ses fils en classe de terminale.
La version des riverains
Second récit fortement soutenu, celui des ressortissants. Dans cette version, toujours vers 12h la brigade mixte arrive au domicile M. Youbandjia soupçonné de posséder des ivoires et des armes de guerre. Voyant venir la brigade, un de ses enfants se détache et court l’appelé. Arrivé sur les lieux, Rufin Youbandjia s’oppose à la fouille de son domicile, exigeant au préalable un mandat de perquisition. C’est là que le ton monte jusqu’à arriver à l’empoignade. Rufin Youbandjia perdra même sa chemise dans la foulée. Et comme pour calmer tout le monde (on n’en sait trop rien), l’un des membres de la brigade aurait lancé dans le domicile une grenade lacrymogène. Excédé par cet énième cas d’abus, Youbandjia rentre dans sa chambre se saisi de son fusil de calibre 12, ressort et tire dans le tas. Jean François Ndond Aubame meurt sur le champ. Après quoi, il prendra la clé des champs suivi par un de ses fils.
La version du beau-fils
La troisième version, dit que la brigade est venue en fait chercher le beau-fils de Rufin Youbandjia, sans le nommer. Ne l’ayant pas trouvé, ils décident d’embarquer le Chef de la maison ( peut-être pour obligé le beau-fils à se rendre). Mais M. Youbandjia refuse catégoriquement de les suivre. Dans cette version dont ignore la source réelle, il semble que la rixe serait partie de là. Youbandjia va courir dans sa chambre chercher son arme. Toujours selon ce récit, un écogarde aurait, à la vue de l’arme, ouvre le feu en premier, mais il rate sa cible. Des militaires arrivés en renfort prendront en chasse le tireur fugitif, le rattraperont, puis l’abattront, lui et son fils en classe de terminale.
Qui dit vrai ? Que s’est-il réellement passé ? Pourquoi se retrouve-t-on avec autant de version ? Qui a tout à gagner à truquer les faits ?
Des convergences et des questions
Si la plupart des versions s’accordent pour dire que la fouille au domicile de Rufin Youbandjia n’a rien donné, ni ivoires, ni armes lourdes, elles divergent par contre sur un point clé. Notamment celui de savoir s’il est encore en vie. Tout comme elles divergent sur le motif réelle de cette descente musclée dans un domicile privé. Descente qui au passage aura été fatale à un écogarde.
Au-delà de ça, on se demande bien qu’est-ce que des écogardes, dont la compétence s’exerce dans les aires protégées, sont venus chercher dans un domicile privé ? Surtout que ce domicile se situe à plus de 50 kilomètres du parc ? Et d’ailleurs qui a autorisé cette perquisition sachant le climat très tendu qui prévalait en ce moment là ? Sont-ils habilités à faire ce genre d’opération ? En ont-ils la formation ? Sur quelles textes réglementaires s’appuient-ils pour ces perquisitions en dehors des parcs ?
Autant de questionnement que se posent les Gabonais. Le Syndicat national des professionnels des Eaux et Forêts ( Synapef ) a annoncé qu’il donnera, dans les prochains jours, une conférence de presse au cours de laquelle, on l’espère en tout cas, des éléments de réponses seront apportés et qui permettront d’éviter de tel tragédie à l’avenir.





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