Auto Bilan Agréé, devenue la plaque tournante d’une grosse mafia

La douane gabonaise vient de mettre à découvert un vaste réseau de faussaires qui prospérait jusque là au sein de la société Auto Bilan Agréé avec la complicité intéressée de certains responsables de la direction générale des transports terrestres (DGTT) et ceux du centre national d’édition et de délivrance des documents de transports (CNEDDT).

Par Tanguy Otounga

Un vaste réseau mafieux vient d’être démantelé au sein de l’entreprise Autobilan Agréé par les contrôleurs de la douane. Ce réseau dont les tentacules s’étendent jusqu’au ministère des transports, précisément à la Direction générale des transports terrestres (Dgtt) et au Centre national d’édition et de délivrance des documents transports (Cneddt), s’était spécialisé dans l’établissement de vraie-fausses cartes grises, fausses immatriculations et doublons d’immatriculation de véhicules entre autre.

Leur mode opératoire était si bien huilé que Thomas Franck Eya, le responsable local de la société Autobilan Agréé et ancien président de la fédération Gabonaise de Cyclisme réussira, les doigts dans le nez, à faire poser une immatriculation définitive (plaque jaune) sur un de ses camions sans fournir aucun document, et en dépit du refus catégorique pourtant notifié du directeur général des douanes pour défaut de présentation des documents d’importation. Il s’agissait en fait d’un camion de marque MAN que Autobilan Agréé avait importé.

Le refus notifié à Auto Bilan Agréé

Les faits remontent à 2010, la société Autobilan Agréé avait sollicité pour son camion MAN une exonération de droit de Douane et toutes autres taxes qui s’imposent dans les importations de véhicules au Gabon. Cette facilité Douanière fut accordée à la société Autobilan Agréé pour une durée d’un (1) an, sous condition de payement d’une caution.

Le document autorisant la mise sous immatriculation temporaire en 2010

Ledit camion avait alors été placé sous une Immatriculation Temporaire (IT), à savoir AA 136 IT en attendant le payement des droits de Douanes afin de passer à l’immatriculation normale (plaque jaune). Selon les contrôleurs de douane, cette forme de faveur permet à l’entreprise qui la sollicite de bénéficier du temps nécessaire pour rentabiliser son investissement et par la suite s’acquitter de toutes les obligations fiscales dont elle a été exonérée.

Le montant dû à la douane s’élevait à plus de cinquante  (50) millions de francs CFA au titre de l’importation dudit camion attendait d’être payée.  Le prix d’achat du camion en Europe étant de 208.665,96 euros, soit un montant de cent quarante (140.000.000) francs CFA. Pendant ce temps, la douane attendait que la société Autobilan Agréé se présente à ses guichets munie d’une quittance du trésor public énumérant le payement de la caution et des droits de Douanes au terme des douze (12) mois d’utilisation du camion pour se faire délivrer une autorisation (certificat d’immatriculation) qui permettrait la mise sous consommation normal (plaques jaune) du véhicule.

Dix ans plus tard, ce camion était encore sous immatriculation temporaire, alors que l’exonération avait été accordé pour un an. Pour preuve, le 19 août 2020, le directeur général des transports terrestres signait une première carte grise du camion pour confirmer l’immatriculation sous contrôle Douanier en IT qui était AA 136 IT. Curieusement, le même directeur général des transports terrestres signait une autres carte grise pour le même véhicule cette fois avec une immatriculation civile (plaque jaune) JJ 705 AA.

En claire, non seulement les responsables de la société Autobilan Agréé n’avaient pas payé la caution qui leur avait été exigé, mais en plus ils avaient posé une immatriculation définitive à leur camion sans s’acquitter de tous les droits de douanes. En découvrant «la marmaille», les douaniers ont aussitôt lancé une procédure de réquisition sur le camion et l’équipement de contrôle technique concerné. Et c’est justement cette réquisition qui a permis le démantèlement du gigantesque réseau de mafia triangulaire entre Autobilan Agréé, la Dgtt et le Cneddt. Et ce n’est là que l’arbre qui cache la forêt.

Autant dire que ces faits viennent conforter la position des membres de la société civile qui n’ont cessé d’alerter sur les pratiques mafieuses de cette société qui, il faut le dire, brille par des actes de grand banditisme sous le regard impuissant du ministre Brice Constant Paillat qui, apparemment, n’y voit que du feu.

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