Par Jules Prince L’ESSANDONE – Libreville, 5 avril 2025

C’est un séisme au cœur de l’élite gabonaise. Ce qui devait être une célébration du mérite et de l’excellence s’est transformé en une onde de choc nationale. L’édition 2024 du concours d’entrée à l’École Nationale d’Administration (ENA) est aujourd’hui au centre d’un scandale qui révèle des pratiques pour le moins troublantes. Dans les couloirs délabrés de cette prestigieuse institution, des voix s’élèvent et l’indignation monte comme jamais.

Les concourants ont exprimé leur indignation devant la presse. (DR)

Des candidats recalés malgré des notes honorables, des admissibles soudainement déplacés de filière sans justification, et des résultats qui varient mystérieusement d’une liste à une autre. À mesure que les langues se délient, c’est un système entier qui semble mis à nu. Un candidat abasourdi confie : « J’ai eu 11 à l’écrit. L’autre, 10. J’ai vu ses résultats. Et pourtant, c’est moi qu’on a recalé. » Des propos glaçants qui mettent en lumière une administration devenue sourde aux cris de ceux qu’elle est censée servir.

Mais ce qui choque le plus, c’est le silence assourdissant du directoire de l’ENA. Pas de communiqué, pas de justification, pas même un mot pour calmer les esprits. Dans le vide laissé par ce mutisme officiel, la société civile, elle, s’organise. Des associations, des étudiants, des parents de candidats réclament des explications, exigent des comptes et en appellent directement au Général Brice Clotaire Oligui Nguema. Car au-delà d’un simple concours, c’est l’avenir d’une jeunesse, la promesse d’égalité et l’idéal républicain qui vacillent.

Jadis vitrine de l’excellence gabonaise, l’ENA semble désormais embourbée dans des pratiques d’un autre temps, celles que le CTRI avait juré d’éradiquer. Le peuple se pose des questions : les réformes tant promises sont-elles déjà trahies ? La méritocratie serait-elle une illusion soigneusement entretenue pour masquer l’entre-soi d’une élite intouchable ?

Dans un pays où chaque poste à responsabilité façonne l’avenir de toute une nation, la sélection de ses serviteurs ne peut souffrir d’ombres. Le scandale de l’ENA 2024 est plus qu’un simple incident administratif : c’est un test de vérité pour les autorités, un révélateur pour la société, et peut-être le début d’un sursaut salvateur.

Les Gabonais observent, inquiets. Ils attendent, debout.

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