Par Jean Stanislas Ikambat

À Tchibanga, certains ont décidé de rendre la justice avant même que les urnes ne soient ouvertes. Des vidéos devenues virales montrent une bande de jeunes cagoulés, visiblement investis d’une mission divine : sauver la démocratie, à coups de pied dans les portes et de cris d’indignation. Leur cible ? Une paisible habitation, qu’ils présentent comme le repaire de redoutables fraudeurs électoraux.

À l’intérieur, trois hommes médusés. Pas d’urnes, pas de bulletins, pas même une liste électorale — juste des cartes d’électeurs. Mais qu’importe, dans l’ambiance survoltée du week-end électoral, quelques morceaux de plastique suffisent à allumer l’étincelle : accusations, chaos, coups et mobilier brisé.

Problème : la fameuse “preuve de fraude” semble beaucoup moins spectaculaire que prévu. D’après les premières vérifications, les cartes appartenaient à des électeurs réguliers venus de Libreville, qui avaient simplement eu la mauvaise idée de les confier à un ami pour les garder en sécurité. Une erreur logistique, pas un coup d’État.

Mais dans le Tchibanga du deuxième tour, la nuance ne fait pas recette. On préfère les vidéos chocs, les justiciers masqués et les théories prêtes à liker. Pendant ce temps, le parquet essaie, lui, de remettre un peu d’ordre dans cette comédie dramatique.

Ironie du sort, l’un des principaux agitateurs, un certain Agée Mayaké — candidat au prise à celui de l’UDB pour ce 2nd tour — aurait été parmi les premiers à être interpellés. Peut-être aura-t-il le loisir, cette fois, de méditer sur la différence entre “surveiller le vote” et “casser des portes”.

La justice, elle, a désormais la lourde tâche de départager les versions : fraude, malentendu ou mise en scène électorale bien ficelée ? À Tchibanga, tout semble possible. Sauf, apparemment, un scrutin tranquille.

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