Par Gaël Ossougho
Ce n’est plus un accident. Ce n’est plus un mauvais jour. C’est un système. En s’inclinant face au Mozambique (2-3), les Panthères du Gabon ont cessé d’être une sélection nationale pour devenir un symbole : celui d’un pillage organisé du rêve collectif, financé par l’argent public et justifié par des motifs très éloignés du sport.
Le Mozambique n’avait jamais gagné un seul match en phase finale de CAN. Jamais. Il aura donc fallu les Panthères, spécialistes des records négatifs et des humiliations subventionnées, pour offrir cette première historique. Une œuvre de bienfaisance sportive réalisée par une équipe sans orgueil, sans colonne vertébrale et sans respect pour le maillot.
Chaque année, des milliards de francs CFA sont engloutis dans l’équipe nationale A. Stages luxueux, hôtels cinq étoiles, primes garanties avant même le coup d’envoi, staffs aussi nombreux qu’inefficaces. Le contribuable paie, la sélection consomme, la défaite arrive. Toujours.
Sur le terrain, le spectacle est indécent. Une défense ridicule, un milieu absent, une organisation inexistante. La bourde de Bruno Ecuele Manga n’est pas une erreur individuelle : c’est la métaphore parfaite d’un système vieillissant, usé, maintenu artificiellement en vie faute de courage politique et sportif.
Pierre-Emerick Aubameyang, isolé, devient l’alibi commode. Tant qu’il est là, on fait semblant d’y croire. On lui demande de masquer la faillite collective, de sauver l’honneur d’une institution qui n’en a plus.
Pendant que les hôpitaux manquent de médicaments, que les écoles manquent de tables et que les routes tuent chaque jour, le football continue de bénéficier d’un traitement de faveur indécent. Pourquoi ? Pour quelle contrepartie ? Pour quelle fierté nationale ?
L’armoire à trophées de la FEGAFOOT est vide, mais les poches, elles, ne le sont pas. Depuis des décennies, on vend du rêve, on récolte de la honte.
Mais le plus scandaleux est ailleurs. Depuis près de quinze ans, les mêmes joueurs sont recyclés jusqu’à l’épuisement. Non par excellence, mais par absence d’alternative.
Le championnat national est sinistré, la formation est sacrifiée, les réels talents sont ignorés, les appels en sélection se faisant très souvent sous « hautes recommandation ». Le banc est vide, la concurrence inexistante, la projection nulle. Cette équipe n’est pas stable : elle est momifiée.
Conséquence : le divorce avec le peuple est désormais consommé. Les supporters ne sont plus déçus, ils sont écœurés, désabusés. Ils ne demandent plus rien d’autre qu’une reddition des comptes.
Le football est une passion populaire quand il fait vibrer. Il devient une imposture quand il sert de prétexte à un gaspillage sans résultats. En perdant face au Mozambique, les Panthères ont franchi une ligne rouge.
Les Panthères n’ont pas trahi un plan de jeu, elles ont trahi le pays.
Et désormais, chaque franc dépensé pour cette sélection sans âme résonnera comme une complicité collective dans le naufrage.




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